06.05.26

PIANO CASA : construire des méthodes, pas seulement des logements

Le Piano Casa ne devrait pas seulement financer des chantiers.
Il devrait construire une nouvelle filière de l’habiter.

C’est peut-être là le véritable enjeu du Piano Casa Italia : non seulement mettre des ressources à disposition, mais comprendre quelle capacité de projet, de production et d’administration nous sommes en mesure d’activer autour de ces ressources.

Car le logement n’est pas une ligne budgétaire.
C’est une politique industrielle, urbaine et sociale.

Le risque, aujourd’hui, est que le Piano Casa soit interprété comme une nouvelle saison d’interventions ponctuelles : travaux de maintenance, améliorations énergétiques, réhabilitations, chantiers isolés. Des actions nécessaires, certes. Mais insuffisantes si elles ne deviennent pas partie intégrante d’un processus plus large, capable de produire de la connaissance, des standards, de la qualité et de la réplicabilité.

Le projet pour Maffeo Bagarotti, développé par ARW Associates dans le quartier de Baggio à Milan, naît précisément au cœur de cette question.

Comment régénérer un bâtiment public habité sans le réduire à un objet technique ?
Comment améliorer la performance énergétique sans perdre en qualité architecturale ?
Comment intervenir sur un patrimoine irrégulier, stratifié, complexe, sans l’enfermer dans des solutions standardisées ?
Comment passer d’une intervention ponctuelle à une méthode réplicable ?

Maffeo Bagarotti concerne un ensemble de logements sociaux publics des années 1960-1970 : une portion de ville construite pour répondre à une urgence résidentielle, aujourd’hui appelée à répondre à de nouvelles exigences de confort, de sécurité, d’accessibilité, de maintenance, d’énergie et de relation urbaine.

Ce n’est pas un cas isolé. C’est une condition largement répandue.

Une grande partie du patrimoine résidentiel public italien se trouve aujourd’hui dans cette position intermédiaire : encore habité, encore nécessaire, mais plus adapté aux conditions climatiques, sociales et techniques du présent. Des bâtiments énergivores, des espaces communs fragiles, des rez-de-chaussée résiduels, des enveloppes obsolètes, des maintenances complexes, des quartiers qui demandent non seulement à être réparés, mais à être accompagnés avec soin.

C’est pourquoi la question ne peut pas être simplement celle de la « réhabilitation ».
La question est de savoir comment réhabiliter.

Le projet pour Maffeo Bagarotti s’inscrit dans le parcours promu par Edera avec Energiesprong Milano, qui a construit un champ de travail partagé entre administration publique, concepteurs, compétences sociales, ingénieurs et filière productive.

La valeur de ce parcours ne réside pas seulement dans le fait d’avoir posé la question de l’efficacité énergétique, mais dans le fait de l’avoir élargie : temps de chantier, continuité de l’habitat pendant les travaux, qualité des espaces communs, désirabilité des bâtiments, soutenabilité économique, mesurabilité des performances, capacité de réplication.

En ce sens, Energiesprong n’est pas simplement une technologie ou un modèle opérationnel. C’est une question adressée au secteur de la construction : sommes-nous capables de rendre la réhabilitation profonde plus rapide, plus accessible, plus scalable et, en même temps, plus qualifiée sur le plan architectural et social ?

Pour nous, la réponse passe par un mot : méthode.

À Maffeo Bagarotti, nous avons travaillé sur une stratégie que nous synthétisons par OFF > ON : déplacer hors site ce qui peut être industrialisé, tout en maintenant sur site ce qui exige adaptation, mesure et connaissance de l’existant.

C’est une position de projet avant même d’être une position technique.

Le patrimoine italien ne peut pas être transformé avec les outils du siècle dernier, mais il ne peut pas non plus être livré à une préfabrication aveugle. Il est trop irrégulier, trop habité, trop spécifique. Il faut une voie hybride : précision industrielle et intelligence architecturale ; composants réplicables et adaptation au contexte ; rapidité du chantier et qualité urbaine.

Dans cette perspective, le dialogue avec la filière productive — en particulier avec les compétences de Manni Group / Isopan — a été décisif.

Non pas comme simple fourniture de produit, mais comme vérification concrète du projet.

Il ne s’agissait pas de choisir un panneau ou d’appliquer une solution toute faite. Il s’agissait d’étudier ensemble quels systèmes pouvaient réellement être compatibles avec un bâtiment existant, habité, irrégulier et complexe : façades à sec, composants préfabriqués, détails de menuiseries, intégration des systèmes techniques, temps de pose, maintenance, tolérances, capacité d’adaptation aux géométries réelles.

C’est dans ce dialogue rapproché entre projet et production que la réhabilitation change d’échelle.

La filière n’arrive pas à la fin du processus pour fournir un composant. Elle entre dans la construction même de la stratégie, en contribuant à comprendre ce qui peut être industrialisé, ce qui doit rester adaptatif et quelles conditions rendent possible le passage du prototype à la répétabilité.

Pour ARW, Maffeo Bagarotti est aussi cela : un banc d’essai sur la relation entre architecture et industrie, où l’excellence productive ne remplace pas le projet, mais l’oblige à devenir plus précis, plus mesurable et plus concret.

La proposition travaille sur six champs : espaces extérieurs, rez-de-chaussée, façades, logements, systèmes techniques et structure, toiture.

Le rez-de-chaussée n’est pas traité comme un arrière technique, mais comme un seuil urbain.
La façade n’est pas un revêtement, mais une nouvelle infrastructure énergétique et architecturale.
Les loggias ne sont pas des accessoires, mais des extensions de l’habiter.
La toiture n’est pas un espace résiduel, mais une plateforme technique et environnementale.
La maintenance n’est pas une urgence future, mais une condition à concevoir dès le départ.

L’objectif n’est pas « d’ajouter une isolation par l’extérieur ».
Il est de construire un écosystème capable de réduire les consommations, d’améliorer le cycle de vie des matériaux, de simplifier la gestion et de produire dans le temps des performances concrètes et mesurables.

Ici, Maffeo Bagarotti tente de déplacer le débat du « combien » vers le « comment ».

Non seulement combien de logements nous rendons disponibles.
Mais quelles conditions de vie nous rendons possibles.

Non seulement efficacité énergétique.
Mais habitabilité, confort, sécurité, maintenance, identité.

Non seulement interventions edilitaires.
Mais des filières capables de produire de la qualité à grande échelle.

C’est peut-être là que le Piano Casa devrait regarder avec plus d’attention : la capacité à construire des processus collaboratifs entre le public, le projet et la production. Car sans une filière mature, même les ressources disponibles risquent de se disperser dans une somme de chantiers isolés.

Le logement public ne peut pas être traité seulement comme un patrimoine à entretenir.
C’est un patrimoine à réactiver.

Et la véritable innovation du Piano Casa pourrait commencer ici : ne pas financer seulement des ouvrages, mais construire des méthodes.

Des méthodes capables d’être apprises, améliorées et répliquées.
Des méthodes capables de tenir ensemble énergie et qualité urbaine.
Des méthodes capables de transformer les bâtiments existants en nouvelles infrastructures de l’habiter.

Car habiter ne signifie pas seulement disposer d’un logement.
Cela signifie vivre dans des bâtiments plus efficaces, des espaces communs mieux entretenus, des quartiers plus lisibles et des villes plus justes.

Le logement, avant même d’être un bien privé, est une question publique.

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